Un pied devant l’autre

 

UN       pied. 

Une impulsion.

Et bien sûr, les mille histoires que le corps raconte.

La marche, en apparence, c’est aussi simple que cela, et pourtant. […]” 

 

(extrait des textes de l’exposition Traces de résidence 

Immersion dans la création Un pied devant l’autre

de la compagnie Scalène)

 

 

Lorsque Youtci Erdos m’a proposé, au début de l’année 2018, de joindre mon regard à la création chorégraphique Un pied devant l’autre, rien n’était alors clairement établi quant à ce que pourrait être ce regard sociopoétique qui serait encore à faire venir… De manière éponyme à la pièce, il s’est alors agi d’explorer une parole ou un geste après l’autre, une parole ou un geste devant l’autre. Et toujours se demander : comment ne pas produire un discours de plus sur la danse ou sur la marche ? Bien plutôt se rendre disponibles et attentifs aux échos que pouvaient produire, aussi bien la grammaire réouverte d’une phrase que le mouvement d’un corps allant jusqu’à l’exténué de son souffle.

Une intuition bien ancrée nous avait toutefois incitées à poursuivre sur cet espace lisse et donc ouvert qu’est le devenir, celle d’une sororité ou d’une fraternité possible entre la poésie et la danse. Quelque chose qui se situerait dans l’en-deçà ou l’infime, à l’instant du magma ou de l’écume. Le vocabulaire pourtant n’était pas le même. Pour qui comme moi était étrangère au travail chorégraphique, cela faisait parfois l’effet d’un langage codé. Des gestes, des abréviations, des décomptes. Réserver son souffle et son effort pour la détente des corps et le mouvement. Dès lors flottante, mon attention s’est portée sur les sensations et les échos tout à fait personnels que les différents fragments de création partagés avaient levé dans quelque endroit de mon propre corps observant, écoutant, écrivant. Un corps de non-danseuse qui aura cherché comment écrire au plus près du plateau, en plein milieu, à hauteur parfois de pieds, surprise de voir encore autre chose encore que ce qui fut déjà vu. Ou pour apercevoir encore et encore dans le temps fugitif de la danse : un interstice, une hésitation, un affect, un mouvement dans lequel à notre tour se glisser, embarqué·e·s que nous serions par celles et ceux qui dansent la marche tandis que passants et foule, en lisière, font marcher la danse…

 

Cette expérience a donné lieu à des conversations, des échanges, l’écriture de textes qui, assemblés à d’autres traces et regards, ont ouvert des espaces de lisière(s) : https://experiencespoetiques.wordpress.com/2019/01/11/aux-abords-de-la-creation/ 

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Aux abords de la création

Du 24 au 26 janvier à l’Espace Paul Jargot

Aux abords de la création Un pied devant l’autre…

En lisière de la création chorégraphique Un pied devant l’autre par la compagnie Scalène à l’Espace Paul Jargot (Crolles, Isère), venez découvrir du 24 au 26 janvier, l’exposition réalisée par la compagnie Scalène, les poèmes partagés pendant les semaines de résidence et vous ressourcer le temps d’une marche intérieure dans les pages des livres de la bibliothèque installée pour l’occasion dans l’espace convivial du théâtre.

Installation : Amandine Dupraz (PAPRICA)

Images photographiques : Danaé Hogrel et Xtoo Prod’

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& le samedi 26 janvier de 15H à 17H30

Atelier de lecture : « La marche comme expérience »

En écho à la création Un pied devant l’autre et au motif de la marche et des chemins, un rendez-vous pour se retrouver autour de textes tirés de la bibliothèque, s’offrir un moment de lecture au calme et en partager les résonances avec les autres participant·e·s de l’atelier. 

Ouvert à tou·te·s.  Accueil à partir de 14H30. Début de l’atelier à 15H. Goûter à 17H. Réservation souhaitée mais non obligatoire : atelierdelecture@posteo.net

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« La marche apprend à trouver le rythme qui convient à chacun, sa respiration personnelle. »

David Le Breton, Marcher. Eloge de la marche et des chemins et de la lenteur, éd. Métailié, 2012

 

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de sa hauteur d’enfant, elle prépare le désordre des souvenirs qu’elle n’a pas encore
écrase par mégarde les touffes d’herbes qui reparaissent toujours dans les interstices des tombes abandonnées
joue près de la fontaine avec son frère
et danse dans les allées du cimetière

un jour, découvre son corps sous la pluie battante
et dans son corps une tempête de mots
elle qui n’a pourtant aucune mémoire du monde
perçoit déjà les noeuds coulants des phrases
tourne autour de son histoire absente
s’abrite dans des silences qui ne sont pas encore ceux d’un entre

dans son regard affleure le reflet de l’énigmatique ciel des amours qui ont luit par milliers
elle cherche sa falaise dans la pliure d’une page
et c’est sur un papier de soie froissée où l’encre traverse sans jamais appartenir que l’enfant lézarde trouve son sillage dans le prolongement d’un cortège fait d’invisibles drapeaux

*

Texte écrit à la suite d’un atelier proposé par Albane Gellé,
Saint-Martin-d’Hères, le 24 novembre 2018

de sa hauteur d’enfant

un pied devant l’autre

sans majuscule
impossible de savoir quand se situe le premier pas le foyer de l’impulsion
d’un corps quelque part relié à son sol
des corps qui se tirent
s’attirent se retirent

capture d’instant
plus forte que toute capture d’écran
ici aux prises avec les forces de l’espace

qui peut dire qui embarque l’autre dans son mouvement ?

 

// extrait de traces de résidence avec la compagnie Scalène pour la création chorégraphique Un pied devant l’autre qui sera présentée les 25 & 26 janvier à l’Espace Paul Jargot (Crolles) puis les 7, 8 & 9 février au Théâtre 145 (Grenoble)

 

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Un pied devant l’autre