“En poésie, on n’habite que le lieu que l’on quitte, on ne crée que l’oeuvre dont on se détache, on n’obtient la durée qu’en détruisant le temps.”

René Char, “Sur la poésie” (1936-1974)

 

Ce lieu poétique accompagne depuis six ans mes pratiques de recherche.

Le 31 décembre 2020, la mise à jour régulière de ce site cessera. Elle n’a d’ailleurs jamais été très régulière. Ou alors par régularité il faut plutôt entendre : répétition, rituel, abandon, résistance, ou quelque chose d’autre.

L’étendue d’écritures sauvages, avec ses méandres et ses profondeurs restera toutefois accessible, un lieu de traces parmi d’autres.

Entre-deux, un lent et patient travail de documentation est en cours, pour compléter les traces déjà disponibles à partir d’autres archives, certaines oubliées, d’autres pas encore ouvertes. Plutôt répertoire revêche au catalogage que boîte-à-outils, ou alors, boîte à chaussures magiques pour voyager le long des coffres aux trésors invisibles… Le souhait est que les cailloux semés puissent servir à d’autres, ainsi des cairns sur les chemins, avec de la douceur rugueuse en ces temps où il nous faut aussi rêver l’obscur (Starhawk).

“Prendre soin, penser en féministes le monde d’après”, un podcast ARTE Radio de l’émission “Un podcast à soi” (une création de Charlotte Bienaimé) :

https://www.arteradio.com/son/61664127/prendre_soin_penser_en_feministes_le_monde_d_apres_26

« Être vulnérables ensemble, c’est une force »

“La crise du Covid a mis au-devant de la scène de nombreuses femmes, autrefois invisibles, qui exercent en grande majorité ces métiers dits « du care », essentiels à la marche de notre monde. Elles sont aides-soignantes travaillant en Ehpad, infirmières, aides à domicile, institutrices, caissières, nounous, agentes d’entretien… Leur travail est habituellement peu considéré, peu rémunéré, voire dévalorisé.
Au-delà de la célébration ponctuelle, cet épisode cherche à leur rendre hommage, pour ne pas oublier leurs histoires et leurs voix aussi vite qu’elles ont été mises en lumière. Il interroge aussi plus largement la notion de soin : qui prend soin de qui ? Est-ce que le care n’est pas aussi une question de classe ? Comment ont été soigné.e.s les habitantes et habitants des quartiers populaires ?
Et au-delà encore, comment prend-on soin ? Qu’en est-il du soin que l’on porte aux morts ? Mais aussi au monde vivant, et aux animaux ? Et pourquoi tout cela nous amène à parler de vulnérabilité, de pouvoir et d’utopies concrètes ? […]”

Avec :
– Nadège, aide-soignante dans un Ehpad de l’Est de la France.
Pascale Molinier, psychologue, autrice de nombreux ouvrages sur l’éthique et le travail du care
Vinciane Despret, philosophe
Hanane, féministe, lesbienne, militante des quartiers populaires, membre du collectif Femmes en lutte 93
Myriam Bahaffou, chercheuse, militante écoféministe
Emilie Hache, philosophe
Cy Lecerf Maulpoix, journaliste et militant queer, spécialiste des questions écoqueer. […]”

 

“Prendre soin, penser en féministes le monde d’après” – Une création de Charlotte Bienaimé

 

“Il y a une perte de soi-même dans la relation aux autres lorsque ce quelque chose qui flotte est détruit, qui laisse les remplacé·e·s démuni·e·s de tout contexte et les remplaçant·e·s avec un sens altéré de soi. Comment avoir une relation les un·e·s avec les autres si quelqu’un·e est forcé·e à partir et que les autres s’habituent à cette absence non désirée”

crédits : éd. B42

Sarah Schulman : « La gentrification est une domination blanche » (La gentrification des esprits)

La Gentrification des esprits – Sarah Schulman

 

“J’écris ce livre depuis un lieu qui n’existe pas . Un laboratoire fantôme, sans ombre au mur. (…)

[…]

Une page raturée devient un amas de branches coupées. Une table, l’observatoire de ce qui a été traversé. Les cartes retournées. Le chaos encadré. Voici mon ordre. Il a échappé à la rature, au panier.

[…]

Raturer laisse des trous, des vides. Par ces interstices entre la nuit, l’attente, de nouveaux liens.

[…]

Accepter sa propre pensée est une étape nécessaire. Parfois très difficile. Peur de blesser, de choquer, de décevoir.

[…]

Raturer, c’est s’affirmer dans sa pensée. Progression infime.

[…]

Sortie de soi pour les uns, entrée en soi pour d’autres, l’acte de penser est ma manière de poser mes limites.

Je décide de ce que je suis capable de retenir du monde.

[…]

Plusieurs phrases ont été écrites dans l’air, parfois sous la dictée. Même dans la voix, il y a des ratures. Même dans le paysage. L’horizon est une rature. […] “

 

Louise Warren, “Le laboratoire des ratures”,

 La Vie flottante. Une pensée de la création, 

Montréal, Editions du Noroît, 2015

Louise Warren, La vie flottante

Se relier

Face à l’expansion de l’épidémie du coronavirus, le 16 mars 2020 au soir, le président de la République Française annonce les mesures de confinement qui seront prises à partir du 17 mars à 12h. Les déplacements seront désormais limités aux trajets professionnels pour celles et ceux qui ne peuvent pas faire de télé-travail, aux trajets pour faire des courses alimentaires, il sera possible d’aller se promener très proche de chez soi mais seul.e…

Qu’en est-il du collectif et des liens sociaux ? Que va-t-il se passer pour les personnes déjà isolées ? Pour celles qui vivent dans des conditions précaires, qui n’ont pas de « chez soi » pour se confiner ? Qui sont dans des logements exigus, des lieux précaires, des endroits non-prévus pour y passer du temps ?

Cette chronique propose à chacun et chacune de partager ce qu’elle souhaite durant cette période, son quotidien, ce que ça produit en termes de réflexion, d’émotion mais également de perspective pour le monde à venir. L’idée est également de s’informer sur ce qui se passe ailleurs pour ne pas s’enfermer, se replier sur soi, pour connaître les besoins et les envies.”

Témoignages, dessins, podcasts : https://www.modop.org/se-relier/

 

Où sommes-nous ?

Dans la tempérance
Dans la démesure des torrents

Dans le compas de l’oeil
Dans les brumes de la chair

Dans l’attelage des monstres
Dans les mains sans épine

Dans les nasses du doute
Dans la force des granges

Dans l’angoisse qui mobilise
Dans la peur qui engloutit

Dans le foisonnement du corps
vivier qui fonde l’esprit

Dans le songe insulaire
Dans le rêve faiseur d’hommes

Dans la dissolution des mots
Dans le tissu de la parole

Dans les randonnées du sang
Dans la réunion du coeur ?

Où sommes-nous ?

Où aucun ciel ne peut prétendre !”

Andrée Chedid

Mouvante place…