“[…] Ni identité, ni indépendance. Je ne comprends mon existence politique qu’en fonction d’autres corps vivants dans une relation à la fois d’étrangeté et de dépendance. Mon peuple est celui des mules. Des mal nés. Des apatrides. Ceux qui m’intéressent ce sont les non-peuples en processus d’invention, les non-communautés dont l’expression souveraine exprimée comme puissance excède les limites du pouvoir. Le corps silencieux du monde qu’on ne qualifie même pas de peuple. Ceux qui portent le futur sur leur dos et à qui personne ne concède la légitimité de sujet politique. Le seul statut que je comprenne est celui de l’étrangeté. Vivre là où tu n’es pas né. Parler une langue qui n’est pas la tienne et la faire vibrer d’un autre accent, faire en sorte que tes mots sont grammaticalement justes mais phonétiquement déviants. […]”

Paul B. Preciado,

Un appartement sur Uranus, 2019

 

Un appartement sur Uranus (Paul B. Preciado)

 

 

Nul ne sait que je suis étrangère.

Que disent de toi tes mains ouvertes et singulières ?
Les paroles sont fugaces et l’oubli sans ambages.
Que disent de toi tes mots quand ils gravent la terre ?
Le souffle et la cendre, voilà ton héritage.

Nous nous reconnaîtrons ou bien nous nous perdrons.

Instant d’éternité à l’aube du voyage
Écrire c’est incarner la parole éphémère
De nos dieux immortels, c’est laisser un message
Une esquisse infidèle, inscrite dans la poussière.

Nul ne sait que je suis étrangère.

 

Catherine Getten-Medori,

Terres de femmes. Terre di donne. 12 poètes corses.
éditions des Lisières, 2017

plongées pirates – l’autre (Catherine Getten-Medori)