“J’écris ce livre depuis un lieu qui n’existe pas . Un laboratoire fantôme, sans ombre au mur. (…)

[…]

Une page raturée devient un amas de branches coupées. Une table, l’observatoire de ce qui a été traversé. Les cartes retournées. Le chaos encadré. Voici mon ordre. Il a échappé à la rature, au panier.

[…]

Raturer laisse des trous, des vides. Par ces interstices entre la nuit, l’attente, de nouveaux liens.

[…]

Accepter sa propre pensée est une étape nécessaire. Parfois très difficile. Peur de blesser, de choquer, de décevoir.

[…]

Raturer, c’est s’affirmer dans sa pensée. Progression infime.

[…]

Sortie de soi pour les uns, entrée en soi pour d’autres, l’acte de penser est ma manière de poser mes limites.

Je décide de ce que je suis capable de retenir du monde.

[…]

Plusieurs phrases ont été écrites dans l’air, parfois sous la dictée. Même dans la voix, il y a des ratures. Même dans le paysage. L’horizon est une rature. […] “

 

Louise Warren, “Le laboratoire des ratures”,

 La Vie flottante. Une pensée de la création, 

Montréal, Editions du Noroît, 2015

Louise Warren, La vie flottante

Se relier

Face à l’expansion de l’épidémie du coronavirus, le 16 mars 2020 au soir, le président de la République Française annonce les mesures de confinement qui seront prises à partir du 17 mars à 12h. Les déplacements seront désormais limités aux trajets professionnels pour celles et ceux qui ne peuvent pas faire de télé-travail, aux trajets pour faire des courses alimentaires, il sera possible d’aller se promener très proche de chez soi mais seul.e…

Qu’en est-il du collectif et des liens sociaux ? Que va-t-il se passer pour les personnes déjà isolées ? Pour celles qui vivent dans des conditions précaires, qui n’ont pas de « chez soi » pour se confiner ? Qui sont dans des logements exigus, des lieux précaires, des endroits non-prévus pour y passer du temps ?

Cette chronique propose à chacun et chacune de partager ce qu’elle souhaite durant cette période, son quotidien, ce que ça produit en termes de réflexion, d’émotion mais également de perspective pour le monde à venir. L’idée est également de s’informer sur ce qui se passe ailleurs pour ne pas s’enfermer, se replier sur soi, pour connaître les besoins et les envies.”

Témoignages, dessins, podcasts : https://www.modop.org/se-relier/

 

Où sommes-nous ?

Dans la tempérance
Dans la démesure des torrents

Dans le compas de l’oeil
Dans les brumes de la chair

Dans l’attelage des monstres
Dans les mains sans épine

Dans les nasses du doute
Dans la force des granges

Dans l’angoisse qui mobilise
Dans la peur qui engloutit

Dans le foisonnement du corps
vivier qui fonde l’esprit

Dans le songe insulaire
Dans le rêve faiseur d’hommes

Dans la dissolution des mots
Dans le tissu de la parole

Dans les randonnées du sang
Dans la réunion du coeur ?

Où sommes-nous ?

Où aucun ciel ne peut prétendre !”

Andrée Chedid

Mouvante place…