Notre mouvement (octobre 2017)

Ce texte se déploie dans les plis d’un poème de Paul Eluard. Il est le fruit d’une rencontre imprévue entre mes pratiques poétiques et les pratiques chorégraphiques partagées pendant la semaine d’occupation du CDCN-Le Pacifique Auvergne-Rhône-Alpes par l’équipe de la création Autour de la table.

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Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses ainsi commence le poème « Notre mouvement » de Paul Eluard.

Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses. Le jour est paresseux mais la nuit est active. Un bol d’air à midi la nuit le filtre et l’use. La nuit ne laisse pas de poussière sur nous.

Le poème accompagne l’éveil. « La vrai poésie ne dit rien. Elle ne fait que proposer des opportunités et ouvrir toute les portes. Vous pouvez choisir celle qui vous convient et la franchir » (Jim Morisson). Le poème ralentit. Le corps. Etire l’instant. Ouvre à la danse du monde à partir d’un fragment. Quelque chose du monde te traverse alors. Toi qui ne sait pas qui tu es. Une lumière. Une couleur.

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« C’est bien ici la terre » s’intitule l’un des recueils de Dominique Sorrente : C’est la terre. Ne lui demandez rien de plus nous écrit-il.

C’est la terre. Ne lui demandez rien de plus. Par un jour quelconque entre silences et remords. Elle se cache. Elle a sa durée. 

Nos êtres intérieurs eux-aussi parfois se cachent. Parfois s’exilent. Parfois se terrent puis se réveillent à fleur de terre. Surpris parfois d’être restés si longtemps enlisés. Est-on prêt à les suivre du regard ? A offrir à leurs chemins le temps qu’il faut pour se frayer ?

“Les routes tremblent aussi à ne pas connaître les marcheurs qui les inventerons” (Dominique Sorrente)

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Un jour on tente. Un pas en dehors du magma intérieur pour rejoindre celui du monde. Nos devenirs-autre à l’intérieur de ce pas. Un pas qui dure parfois des heures et des jours. Parfois un dixième de seconde. François Jullien suggère : « décoïncider » pour ex-ister. Peut-être d’abord peu à peu se décoller. Se défaire d’une peau à l’autre. Effleurant celle du monde. Ainsi soigner la terre où nous se mêlent nos racines de perpétuels déracinés. Ecouter, voir et toucher les yeux fermés. Accompagner la lente germination des êtres.

Comme cet écho qui roule tout au long du jour. Cet écho hors du temps d’angoisses ou de caresses. Cet enchaînement brut des mondes insipides et des mondes sensibles Son soleil est double Sommes-nous près ou loin de notre conscience ? Où sont nos bornes, nos racines, notre but ? 

Le magma intérieur est toujours là. Parfois nous décidons d’y séjourner. Posant une chape de plomb sur le volcan. Comme une manière de se rappeler nos corps vivants. Comme une répétition de l’épreuve.

Le long plaisir pourtant de nos métamorphoses. Squelettes s’animant dans les murs pourrissants. Les rendez-vous donnés aux formes insensées. A la chair ingénieuse. Aux aveugles voyants.

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Plus terribles que tout autre, il y a les gestes perdus. Ceux-là survivent en fantômes. Prenant parfois possession de nos corps. Des gestes débordés par d’autres. D’autres que soi ou d’autres en soi. Des gestes perdus que l’on se refuse de perdre tout à fait. Des gestes emmagasinés dans quelque endroit du corps. Nous ne savons pas quoi en faire. Ils ont doublé le monde d’un envers tout aussi vrai.

On ne revient jamais indemne de l’autre versant du monde…”J’ai longtemps vécu sur un rebord de monde” écrit Dominique Sorrente. D’un bord à l’autre, nos mouvements forment un chant d’échos, une forêt de signes en plein ciel.

Le poème accompagne le ballet ininterrompu des gestes reprisés.

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Les rendez-vous donnés par la face au profil. Par la souffrance à la santé. Par la lumière à la forêt. Par la montagne à la vallée. Par la mine à la fleur. Par la perle au soleil. 

Dans le regard de l’autre, dans le flot du poème, s’apaisent nos âmes de malt tissées.

J’étais hier là où tu es peut-être aujourd’hui. Mais ni hier ni aujourd’hui n’ont la même densité pour toi et pour moi. Je serai peut-être là demain où tu es aujourd’hui. Le temps n’est pas celui qu’on croit. Le temps est celui de notre mouvement.

Selon des rythmes qui s’ignorent et parfois pourtant trouvent leur justesse.

Nous sommes corps à corps. Nous sommes sans limite. nous dit, sans conclure, Paul Eluard.

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