Rencontres de géopolitique critique (2)

“Je crois qu’on devrait reprendre le contrôle de notre imaginaire et des récits qu’on écrit pour nous.

On devrait inventer une nouvelle histoire à chaque communiqué officiel qu’on nous présente sous un certain angle, on devrait démolir les angles, interdire la paresse de ceux qui gueulent toujours avec les loups.

On devrait inventer pour chaque conte un autre conte. Le conte et le dé-conte. Le conte et le contre-conte.”

Mariette Navarro, Zone à étendre,  Quartett , 2018


JD 2019 En/quête.s de créations

En/quête.s de créations

Journées Doctorales de Litt&Arts

Journée d’étude
du 9 au 10 avril 2019
9h00 – 17h00

” À travers ces deux journées, les doctorant.e.s de Litt&Arts vous invitent à explorer plusieurs pistes de réflexion autour d’un nouvel axe de recherche : En/quête.s de créations.

La quête, recherche obstinée produisant une transformation intérieure, ou l’enquête, assemblage méthodique d’informations, sont au cœur des objets de la recherche en littérature et arts. Elles peuvent y être thématisées, constituer le point nodal d’une production artistique : s’incarner par exemple sous la forme d’un personnage (le célèbre Sherlock Holmes, les chevaliers du Moyen Âge) ou des règles d’un genre artistique (le polar, le documentaire). Plus encore, les deux termes véhiculent un imaginaire de l’élaboration artistique, nous permettent de décrire un processus de création. Comme enquête fondée sur la collecte d’indices, de traces, d’éléments concrets ou comme quête intérieure, la création s’élabore par étapes et tâtonnements, sans connaître de cheminement obligé ni forcément toucher un but.

En ces termes, la démarche artistique semble assimilable à celle des chercheur.e.s en arts et littérature. Il est vrai qu’une certaine conception de nos recherches nous apparenterait plutôt à des scientifiques analysant des œuvres, des objets : nous ne serions pas auteur.rice.s ou créateur.rice.s, mais commentateur.rice.s, révélant et expliquant les actes de création. Quête et enquêtes sont pourtant au cœur de la création de nouvelles formes de recherches et d’investigations, qui mettent en tension les cadres académiques de nos travaux et de nos disciplines. Enquêteur.rice.s, nous le sommes parfois : il est de plus en plus fréquent que nos disciplines littéraires et artistiques s’emparent de techniques et de méthodes d’enquête issues des disciplines de sciences humaines et sociales (telles que la sociologie et l’anthropologie) pour appréhender et comprendre les objets de création. Dans le même mouvement d’hybridation, nous investissons nos objets de recherche à l’aide de processus créatifs : la « recherche-création » associe ainsi à la recherche universitaire de multiples approches plus sensibles, convoquant  d’autres médiums que l’écriture académique (par exemple Léviathande Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel, film documentaire expérimental réalisé dans le cadre d’une recherche anthropologique sur l’industrie de la pêche).

Plus largement, les analyses et les interprétations des chercheur.e.s ne pourraient-elles pas être considérées comme une production de réflexions et de sens participant à la création d’un savoir, recréant et modifiant les objets  mêmes de sa recherche ? Marquées par une quête de connaissance, elles impliquent une forme de contribution intellectuelle au bien commun ainsi que le désir personnel de comprendre le monde en constante création.

Nous tenterons d’explorer plusieurs pistes de réflexion au cours de ces deux journées, au fil d’un parcours nous menant d’une discipline à l’autre, au croisement de la littérature, du cinéma ou encore du jeu vidéo. Des temps d’échanges et de rencontres permettront également de développer notre questionnement et d’expérimenter de nouvelles pratiques tout au long de l’événement.”

Quatorzième poésie verticale (Roberto Juarroz)

 

“Un voyage se tourne parfois vers l’intérieur
où il retrouve tous les voyages
que le passé a dessinés
et aussi ceux qui ne se sont jamais faits.

Nous découvrons alors que ce voyage,
effectué avec les pas des autres,
s’est subrepticement formé,
et qu’il nous mène peu à peu
à un lieu vers lequel nous ne partîmes jamais.

Les voyages faits et les voyages non faits
sont simplement un prétexte et la matrice
d’un voyage sans fatigue ni arrivée
qui réinvente à chaque instant son voyageur
et aussi son chemin et son but.”

(trad. de l’argentin par Silvia Baron Supervielle)

Une viaje se vuelca a veces hacia adentro
y recupera allí todos las viajes
que dibujó el pasado
y también los que nunca se hicieron.

Entonces descubrimos que otro viaje
hecho con pasos de todos los demás
se fue gestando subrepticiamente
y nos lleva poco a poco
a un lugar hacia el que nunca partimos.

Los viejos hechos y los que no hechos
son tan sólo el pretexto y la matriz
de un viaje sin fatiga ni llegada
que reinventa a cada instante su viajero
y también su camino y su meta.

Nos cabanes (Marielle Macé)

 

*

“Nous” ne signifie pas : les miens, tous ceux qui sont pareils que moi ; mais : tous ceux qui pourront être le “je” de ce “nous”, l’endosser, le reprendre à leur compte, en éprouver la force. Il ne s’agit pas avec “nous” de dire qui je suis, de me déclarer ; il ne s’agit même pas de dire comme qui je suis ; mais ce que nous pourrons faire si nous nous nouons. “Nous” ne saurait ouvrir la question de l’identité (en es-tu ?), mais à la tâche infinie qui consiste à faire et défaire des collectifs (oui, aussi défaire), des pluriels suffisamment soudés  pour qu’ils puissent s’énoncer.(Peut-être “nous” est-il alors quelque chose comme le pluriel de “seul” : il ne se fait pas à partir de nos “je”, affirmés ou vacillants, mais à partir de nos solitudes ; il les mets en commun, c’est-à-dire qu’il les rassemble, les surmonte en les rassemblant, et à certains égards les maintient. Nous faisons et défaisons des collectifs avec ces solitudes et non pas malgré elles. Nous ne nouons rien d’autre, et c’est déjà tellement, que notre égal tremblement, nos égales potentialités.)”

 

Rencontres de géopolitique critique

“La magie au travail est elle-même un langage, un langage d’actions  et d’images, de choses plutôt que d’abstractions.”

Starhawk, Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique (Dreaming the Dark. Magic, Sex & Politics, 1982) éditions Cambourakis, 2015

*
Autodéfense poétique et critique ? 

RDV  * lundi 11 mars à 9H*au bar Le Square (3 square Léon Martin à Grenoble)

puis du mardi 12 au vendredi 15 mars à partir de 9H30

pour l’atelier-petit déjeuner “Traversées” des 4è Rencontres de géopolitique critique:

http://blog.modop.org/post/2019/02/Programme-4e-Rencontres-de-g%C3%A9opolitique-critique-(Non)Violence!

Les traversées des rencontres. Entre autodéfense poétique et critique : un moment quotidien pour croiser nos mondes, partager nos questionnements et faire l’expérience de quelques manières de penser-agir autrement (avec) ce qui nous arrive.

*

 

“Il y a toujours une inadaptation à l’ordre métropolitain et à l’intégration dans l’espace de l’économie. Il est alors possible d’explorer d’autres médiations qui reconstituent la vie de la communauté, des processus constitutifs d’une autonomie collective impropre aux comptes de la valorisation. Où ce qui compte n’est pas la mesure mais la rencontre. Et de nouvelles déterminations.

Josep Rafanell i Orra, Fragmenter le monde, éditions Divergences, 2018

*

“Quand vous éveille un constat, une certitude, un espoir, ils s’efforcent déjà, quelque part, ailleurs sous une autre espèce.”

Edouard Glissant, Poétique de la relation, éditions Gallimard, 1990

Aux abords de la création

 

Du 24 au 26 janvier à l’Espace Paul Jargot

Aux abords de la création Un pied devant l’autre…

En lisière de la création chorégraphique Un pied devant l’autre par la compagnie Scalène à l’Espace Paul Jargot (Crolles, Isère), venez découvrir du 24 au 26 janvier, l’exposition réalisée par la compagnie Scalène, les poèmes partagés pendant les semaines de résidence et vous ressourcer le temps d’une marche intérieure dans les pages des livres de la bibliothèque installée pour l’occasion dans l’espace convivial du théâtre.

Installation : Amandine Dupraz (PAPRICA)

Images photographiques : Danaé Hogrel et Xtoo Prod’

 *

& le samedi 26 janvier de 15H à 17H30

Atelier de lecture : « La marche comme expérience »

En écho à la création Un pied devant l’autre et au motif de la marche et des chemins, un rendez-vous pour se retrouver autour de textes tirés de la bibliothèque, s’offrir un moment de lecture au calme et en partager les résonances avec les autres participant·e·s de l’atelier. 

Ouvert à tou·te·s.  Accueil à partir de 14H30. Début de l’atelier à 15H. Goûter à 17H. Réservation souhaitée mais non obligatoire : atelierdelecture@posteo.net

*

« La marche apprend à trouver le rythme qui convient à chacun, sa respiration personnelle. »

David Le Breton, Marcher. Eloge de la marche et des chemins et de la lenteur, éd. Métailié, 2012