“Prendre soin, penser en féministes le monde d’après” – Une création de Charlotte Bienaimé

“Prendre soin, penser en féministes le monde d’après”, un podcast ARTE Radio de l’émission “Un podcast à soi” (une création de Charlotte Bienaimé) :

https://www.arteradio.com/son/61664127/prendre_soin_penser_en_feministes_le_monde_d_apres_26

« Être vulnérables ensemble, c’est une force »

“La crise du Covid a mis au-devant de la scène de nombreuses femmes, autrefois invisibles, qui exercent en grande majorité ces métiers dits « du care », essentiels à la marche de notre monde. Elles sont aides-soignantes travaillant en Ehpad, infirmières, aides à domicile, institutrices, caissières, nounous, agentes d’entretien… Leur travail est habituellement peu considéré, peu rémunéré, voire dévalorisé.
Au-delà de la célébration ponctuelle, cet épisode cherche à leur rendre hommage, pour ne pas oublier leurs histoires et leurs voix aussi vite qu’elles ont été mises en lumière. Il interroge aussi plus largement la notion de soin : qui prend soin de qui ? Est-ce que le care n’est pas aussi une question de classe ? Comment ont été soigné.e.s les habitantes et habitants des quartiers populaires ?
Et au-delà encore, comment prend-on soin ? Qu’en est-il du soin que l’on porte aux morts ? Mais aussi au monde vivant, et aux animaux ? Et pourquoi tout cela nous amène à parler de vulnérabilité, de pouvoir et d’utopies concrètes ? […]”

Avec :
– Nadège, aide-soignante dans un Ehpad de l’Est de la France.
Pascale Molinier, psychologue, autrice de nombreux ouvrages sur l’éthique et le travail du care
Vinciane Despret, philosophe
Hanane, féministe, lesbienne, militante des quartiers populaires, membre du collectif Femmes en lutte 93
Myriam Bahaffou, chercheuse, militante écoféministe
Emilie Hache, philosophe
Cy Lecerf Maulpoix, journaliste et militant queer, spécialiste des questions écoqueer. […]”

 

La Gentrification des esprits – Sarah Schulman

 

“Il y a une perte de soi-même dans la relation aux autres lorsque ce quelque chose qui flotte est détruit, qui laisse les remplacé·e·s démuni·e·s de tout contexte et les remplaçant·e·s avec un sens altéré de soi. Comment avoir une relation les un·e·s avec les autres si quelqu’un·e est forcé·e à partir et que les autres s’habituent à cette absence non désirée”

crédits : éd. B42

Sarah Schulman : « La gentrification est une domination blanche » (La gentrification des esprits)

Louise Warren, La vie flottante

 

“J’écris ce livre depuis un lieu qui n’existe pas . Un laboratoire fantôme, sans ombre au mur. (…)

[…]

Une page raturée devient un amas de branches coupées. Une table, l’observatoire de ce qui a été traversé. Les cartes retournées. Le chaos encadré. Voici mon ordre. Il a échappé à la rature, au panier.

[…]

Raturer laisse des trous, des vides. Par ces interstices entre la nuit, l’attente, de nouveaux liens.

[…]

Accepter sa propre pensée est une étape nécessaire. Parfois très difficile. Peur de blesser, de choquer, de décevoir.

[…]

Raturer, c’est s’affirmer dans sa pensée. Progression infime.

[…]

Sortie de soi pour les uns, entrée en soi pour d’autres, l’acte de penser est ma manière de poser mes limites.

Je décide de ce que je suis capable de retenir du monde.

[…]

Plusieurs phrases ont été écrites dans l’air, parfois sous la dictée. Même dans la voix, il y a des ratures. Même dans le paysage. L’horizon est une rature. […] “

 

Louise Warren, “Le laboratoire des ratures”,

 La Vie flottante. Une pensée de la création, 

Montréal, Editions du Noroît, 2015

carnet de voyage, montréal

zone frontière,
tes lignes me trouvent
alors même que celle à laquelle tu les adresses me semble s’être échappée,
irrattrapable,
ou peut-être pas tout à fait,
je me cherche,
d’avant et de demain à la fois,
allers-retours incessants,
sans beaucoup de cohérence,
j’ai dans le ventre ce calme que j’ai rarement connu,
et en même temps cette distance au monde qui sans cesse m’éloigne et me laisse muette,
sans voix, sans écriture.

un carnet de voyage ?
j’aimerais,
pas tant pour dire quelque chose de cette ville que je ne sais pas approcher,
que pour peut-être simplement déplier le voyage,
lui donner une chance de me tramer un peu,
ou plus vivement,
de me traverser la peau.
l’intensité du présent ici tient dans les jeux d’enfants
et dans le mouvement des branches de l’autre côté de la fenêtre,
tandis que l’incapacité à comprendre la langue des textes lus,
m’isole et forme une bulle,

 

j’aime à balbutier en t’écrivant
et ne pas avoir d’autre nom que celui
des lettres et des images entremêlées,

take care,

a.

plongées pirates – l’autre (Catherine Getten-Medori)

 

 

Nul ne sait que je suis étrangère.

Que disent de toi tes mains ouvertes et singulières ?
Les paroles sont fugaces et l’oubli sans ambages.
Que disent de toi tes mots quand ils gravent la terre ?
Le souffle et la cendre, voilà ton héritage.

Nous nous reconnaîtrons ou bien nous nous perdrons.

Instant d’éternité à l’aube du voyage
Écrire c’est incarner la parole éphémère
De nos dieux immortels, c’est laisser un message
Une esquisse infidèle, inscrite dans la poussière.

Nul ne sait que je suis étrangère.

 

Catherine Getten-Medori,

Terres de femmes. Terre di donne. 12 poètes corses.
éditions des Lisières, 2017