Les Traversées (2019)

 

Les Traversées ont été imaginées en complicité avec l’association Modus Operandi pour l’édition 2019 des Rencontres de Géopolitique Critique avec pour désir partagé :

– d’ouvrir un espace où prendre le temps de la (re)lecture, de l’écriture, du partage des échos et questionnements, de la réflexion commune (favoriser le nouage : là où ça me parle, qu’est-ce que je peux faire de ce que je vois, j’entends, etc. et le maillage : que faire après et ensemble de ce qu’on aura entendu, réfléchit, découvert pendant les Rencontres ?)

– de rendre possible la rencontre entre participant·e·s, la co-formulation de questions et la réalisation de micro-expériences collectives à partir du thème des Rencontres et de l’idée d’Autodéfense poétique et critique

 

Création collective au fil des Traversées :

 

Traces dans les cahiers des Rencontres 2019 : https://www.modop.org/wp-content/uploads/2020/04/cahier-non-violence-2020.pdf

Collage pour la présentation des Traversées :

“La magie au travail est elle-même un langage, un langage d’actions  et d’images, de choses plutôt que d’abstractions.”

Starhawk, Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique (Dreaming the Dark. Magic, Sex & Politics, 1982) éditions Cambourakis, 2015

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Autodéfense poétique et critique ? 

RDV  * lundi 11 mars à 9H* au bar Le Square (3 square Léon Martin à Grenoble)

puis du mardi 12 au vendredi 15 mars à partir de 9H30

pour l’atelier-petit déjeuner “Traversées” des 4è Rencontres de géopolitique critique:

http://blog.modop.org/post/2019/02/Programme-4e-Rencontres-de-g%C3%A9opolitique-critique-(Non)Violence!

Les traversées des rencontres. Entre autodéfense poétique et critique : un moment quotidien pour croiser nos mondes, partager nos questionnements et faire l’expérience de quelques manières de penser-agir autrement (avec) ce qui nous arrive.

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“Il y a toujours une inadaptation à l’ordre métropolitain et à l’intégration dans l’espace de l’économie. Il est alors possible d’explorer d’autres médiations qui reconstituent la vie de la communauté, des processus constitutifs d’une autonomie collective impropre aux comptes de la valorisation. Où ce qui compte n’est pas la mesure mais la rencontre. Et de nouvelles déterminations.

Josep Rafanell i Orra, Fragmenter le monde, éditions Divergences, 2018

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“Quand vous éveille un constat, une certitude, un espoir, ils s’efforcent déjà, quelque part, ailleurs sous une autre espèce.”

Edouard Glissant, Poétique de la relation, éditions Gallimard, 1990

 


Les cinq fils-motifs proposés pour la semaine :

1er matin : Pouvoir du discours, discours du pouvoir

2è matin : Nécessité(s) du poétique, résistance(s) du poème

3è matin : Politiques de l’enquête, en quête du politique

4è matin : Circulations des histoires et des contre-histoires

5è matin : Nouages et tissages

 

Les Traversées au jour le jour :

 

“Les images ne parlent jamais d’elles-mêmes” (Elsa Dorlin)

“Le problème que nous pose la violence est d’abord un problème de discernement : elle n’est pas toujours où on la croit, du moins là où on la dit. Dans l’argumentaire officiel, celui des médias, du discours politique, de l’opinion qui en est imprégnée, violence se dit rarement de ce qui est infligé à la minorité, au fragile qui a eu le malheur de passer par là. Le mot évoque plutôt le danger dont cette minorité, ce fragile serait porteurs, et il disparait du traitement qu’il faire subir puisque c’est pour le bien de la majorité. […] L’inversion rhétorique de la violence infligée en violence évitée est une opération des pouvoirs qui ne date pas d’hier. […]” (François Cusset)

“En d’autres termes, de Hiroshima à Alep, et de la vague brune des années 30 à la poussée populiste des années 2010, il importe moins de comparer, ni de quantifier, que de comprendre les nouvelles logiques de l’effraction : la violence a moins reculé que changé de formes. Elle n’a pas été enrayée, mais bien plutôt, comme on le verra, prohibée, d’un côté, systématisée, de l’autre, à même les structures sociales et les dispositions affectives. […]” (François Cusset)

 

Le premier rendez-vous des Traversées a pris la forme d’un arpentage d’extraits d’ouvrages en lien avec le thème des Rencontres.

 

Livres dont étaient issus les extraits proposés pour l’arpentage :

François Cusset, Le Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence. La Découverte, 2018

Elsa Dorlin, Se défendre ; Une philosophie de la violence. La Découverte, 2017

Judith Butler, Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif, Amsterdam, 2017

Christine Delphy, Classer, dominer. Qui sont les “autres” ? La Fabrique, 2008

Juliette Rousseau, Lutter ensemble. Pour de nouvelles complicités politiques. Cambourakis, 2018

Noémie Lefebvre, Poétique de l’emploi. Verticales, 2018

Quelques notes prises pendant le tour de parole croisant lectures et réflexions personnelles des participant·e·s :

– Importance du travail de mémoire des luttes (François Cusset) : les luttes défaites peuvent elles aussi ouvrir des possibles
– Ne pas reconduire les dominations anciennes
– Créer également de nouvelles modalités (ex. gilets jaunes), d’actualiser par rapport à la situation

– La violence circule et le moment de l’effraction fait écran à tout ce qui a lieu avant (François Cusset)
– Où est notre puissance ? espérance (Paolo Freire cité par Juliette Rousseau), faire dérailler les trajectoires violentes, pas de paix sans justice, ne pas éviter la conflictualité
– Piège des mots, inventer la parole décoloniale (Walter Benjamin, Sur le concept d’Histoire : c’est l’espérance des luttes passées qui nous donne de la force)
– Les mots désignent, on est pris dans un nœud (ex. de l’atelier radio)
– Déplacer et (se) redéfinir sans cesse : enjeu de garder le langage, les mots en mouvement (ex. du collectif féministe à Londres évoqué dans Lutter Ensemble : refus des femmes racisées d’utiliser le mot “occupation”, choix du mot “réappropriation”)
– Créer des mots nouveaux, de nouvelles relations
– “Les images ne parlent jamais d’elles-mêmes” (Elsa Dorlin) : le pouvoir utilise les images pour justifier la répression
– Le journal mural (dazibao en Chine) et le bouche-à-oreille comme medium (ex. récit d’une historienne à propos de la manière dont les enfants autrefois colportaient les nouvelles).
– Si nous sommes le médium, quelles sortes de traduction faisons-nous ?
– Enjeu du retournement de langage : le stimate devient une force (ex. féministe, négritude)
– Désapprendre, déconstruire (écho à la pensée anarchiste)