Dispositifs

– Vous pouvez disposer ?
– C’est-à-dire ?

La notion de “dispositif” s’est invité dans mon processus de recherche à l’occasion de mon travail sur les “Pérégrinations en Jura“. La notion était alors pour moi “une manière d’appréhender ce qui est échappe” au moment où je tentais de décrire et d’analyser cette proposition culturelle à la frontière de la randonnée-lecture, de l’expérience artistique, de la médiation culturelle, du festival littéraire ou de la valorisation d’un patrimoine.

Dans un texte intitulé « Du dispositif », Bernard Vouilloux définit le dispositif comme « un agencement résolument hétérogène d’énoncés et de visibilités qui lui-même résulte de l’investissement d’un ensemble de moyens appelé à fonctionner stratégiquement au sein d’une situation (d’un champ de forces) donnée [1] ». En ce sens, la notion de « dispositif » permet de rendre compte de l’agencement complexe (au sens promu par Edgar Morin de complexus : « ce qui est tissé ensemble [2] ») à l’œuvre dans les formes culturelles proposées. Elle nous conduit également à être particulièrement attentifs, au-delà des énoncés, à des éléments a priori moins visibles ou moins explicites et pourtant également constitutifs du « champ de forces ».

C’est une notion que l’on retrouve également chez Christophe Hanna qui propose de l’appliquer à la poésie contemporaine en s’inspirant de Francis Ponge : « Observer un texte comme un dispositif a (…) pour effet premier de fortement le dé-subjectiver puisque cela le fait percevoir sous l’angle de ses possibilités d’action dans un milieu. [3] »

La question du milieu amène celle de l’implantation et d’un autre rapport au “terrain” et à la pratique. Si la boite à outils est transportable, le dispositif nait des singularités d’une situation, d’un problème à résoudre ou d’un désir d’expérimenter. S’il vient parfois se “brancher” à la manière d’un plug, provoquant des interférences, il est aussi possiblement transformé, détourné par les acteurs et les éléments qui compose la situation.

Par la suite, la question du “dispositif de recherche” a hanté mon année en lisière de l’Université : Qu’est-ce qu’un dispositif de recherche ? Comment le mettre en oeuvre ? Faut-il s’y tenir ? Progressivement, c’est plutôt le déplacement d’un dispositif à l’autre (la lecture, le journal de recherche, la correspondance, le séminaire, la conversation, l’atelier coopératif de recherche, etc.) qui est apparu fertile.

Parler de dispositifs, et tout particulièrement dans le cadre de ma recherche doctorale (voir Univers-Cité) de “dispositifs critiques et de dispositifs poétiques” est une manière de situer (que l’on soit chercheur, artiste, animateur ou médiateur) dans des processus de co-production de situations. Le dispositif constitue un tiers et fait jouer une portion de réalité à taille humaine permettant (c’est ce que l’on peut en tous cas souhaiter) à chacun de s’en saisir et favorisant ainsi le partage et à la co-création de savoirs.

Bien que prenant peu à peu mes distances avec cette notion, je tenterais prochainement de présenter ici quelques exemples de dispositifs expérimentés au cours de mes recherches.

 

[1] Vouilloux, Bernard. « Du dispositif » in ORTEL, P. (éd.). Discours, image, dispositif. Penser la représentation. Paris : L’Harmattan, 2008. p. 28
[2] MORIN, Edgar. Introduction à la pensée complexe (1990). Paris : Le Seuil, 2005. p. 21
[3] HANNA, Christophe. Nos Dispositifs poétiques. Paris : Questions théoriques, 2009. p.15