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fragment

“(…) Quand se lève le jour en effet
Et que le soleil éclaire
Les souffrances
Que ne s’effacent pas
Les blessures
Les violences
Les échecs qui tardent à cicatriser
La petite vérité de la différence
Puisqu’il faut bien la voir
Installe ses tentacules dans nos tripes
Lentement inexorablement
Jusqu’à ce que respiration s’est trouve coupée
Respirer
Il n’y a que ce verbe juste
Qui chante l’air de la vie (…)”

Tanella Boni,
Là où il fait si clair en moi

 

ce serait comme un oiseau qui s’envole
sa respiration et son coeur
à l’instant entre tes mains
un souffle une palpitation
au creux
le souvenir d’une aile
d’un désir de grand large
puis tout d’un coup
l’horizon partout
des strates de lumière
à perte de vue
couleurs enchevêtrées
la tête dans les étoiles
les pieds dans l’affluent

ce serait comme avoir un nuage
dans le ventre
toute chose par ailleurs
inappropriée
et quelque part
inavouable
un nuage engouffré là
sans que quiconque
s’en aperçoive
et ton corps pris dans
le tumulte des vents
comme un brin d’herbe
parmi des milliers d’autres
légère courbure
entre terre et ciel

ce serait comme des trouées
dans le langage
des regards qui ne traversent plus
des heures à vouloir décamper
et puis la nuit
et puis le feu dans la nuit
et puis l’amour des sables
contre vents et marées
à la renverse du temps
alors nous finalement
ça file comme les secondes
tandis que
fourmillant
se perpétuent
des mondes
alors
depuis l’envers
tu sais
combien
bien qu’incalculable
à l’instant
chaque geste compte

*

aurore jean
hiver 2018

alors nous finalement…

nous sommes nos aurores
 nous sommes nos aurores
 lorsque nos regards se portent
sur les ruines
 projetées en dehors du monde
 auquel nous pensions être reliées
 nous sommes nos aurores
 lorsqu’épuisées nous sentons
 encore pourtant le vent
 effleurer nos visages
 nous sommes nos aurores
 lorsque nous nous rallions
 pour faire surgir la parole
 aux confins du brusque soulèvement
 nous sommes nos aurores
 arrachées au temps
 arrachées dans l’instant
 nous sommes nos aurores
 bataille mue par le désir d’une délivrance
 nos regards balaient ce qui déjà échappe
 cris et prières implorent
 celles et ceux qui déjà manquent
 nous sommes nos aurores
 quitter et l’effroi et l’effarement
 nous sommes nos aurores
 rassembler pierres débris échardes
 qu'un autre paysage se dessine
 dans les flous reflets du monde
 venus de toutes parts se rappeler
 à nos perceptions
 lucides et fuyantes
 nous sommes nos aurores
 et déjà nous avons dessiné
 et la clairière et la forêt
 nous sommes nos aurores
 sur les bords de l’espoir abandonné
 pour mieux naviguer
 d’instants en instants
 d’une lutte à l'autre
 nous sommes nos aurores
 mort, désir, vie et désespoir
 nous sommes nos aurores
 lorsque nous marchons
 pour retrouver dans la marche elle-même
 le prolongement à donner à nos vies
 nous sommes nos aurores
 faisant refuge d'une goutte d’eau, d'un grain de sable,
 ravivant ce qui - dans l’infime et l’étroitesse - fait force
...
nous sommes nos aurores
...

nous sommes nos aurores

je suis de l’autre côté du monde mais en France
je suis en France je suis de l’autre côté du monde
je flotte
je ne suis pas de l’autre côté du monde je suis en France
je suis près de la côte
je ne sais pas ce qu’est un coté
je ne sais pas comment c’est de l’autre côté
ce que c’est naviguer
au gré des échanges marchants et des dérives sensibles
la montagne chante, je n’entends que les échos
que le vent déforme
et qui me parviennent relayés par d’autres
sur la mer, la limite de ce que je peux observer se situe à 4,7 kilomètres
je monte sur le pont
ne pas prendre de la hauteur
modifier sa position

nous ne sommes pas du même côté du monde
pourtant nous sommes en France
un texte nous relit
relit notre histoire
qui n’existe que d’avoir été inventée
nous fixant
dans des positions
à la recherche du dialogue – un choix ce serait un acte qui dans un ensemble de possibilités donne pouvoir à l’une de ces possibilités

* bribes de la résidence de l’école flottante “écritures en archipels” à partir et autour du livre Notre Mer d’îles d’Epeli Hau’ofa

31 avril & 1er mai 2018 à l’Ambassade du Turfu (Marseille) *

Notre mer d’îles