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de sa hauteur d’enfant, elle prépare le désordre des souvenirs qu’elle n’a pas encore
écrase par mégarde les touffes d’herbes qui reparaissent toujours dans les interstices des tombes abandonnées
joue près de la fontaine avec son frère
et danse dans les allées du cimetière

un jour, découvre son corps sous la pluie battante
et dans son corps une tempête de mots
elle qui n’a pourtant aucune mémoire du monde
perçoit déjà les noeuds coulants des phrases
tourne autour de son histoire absente
s’abrite dans des silences qui ne sont pas encore ceux d’un entre

dans son regard affleure le reflet de l’énigmatique ciel des amours qui ont luit par milliers
elle cherche sa falaise dans la pliure d’une page
et c’est sur un papier de soie froissée où l’encre traverse sans jamais appartenir que l’enfant lézarde trouve son sillage dans le prolongement d’un cortège fait d’invisibles drapeaux

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Texte écrit à la suite d’un atelier proposé par Albane Gellé,
Saint-Martin-d’Hères, le 24 novembre 2018

de sa hauteur d’enfant

un pied devant l’autre

sans majuscule
impossible de savoir quand se situe le premier pas le foyer de l’impulsion
d’un corps quelque part relié à son sol
des corps qui se tirent
s’attirent se retirent

capture d’instant
plus forte que toute capture d’écran
ici aux prises avec les forces de l’espace

qui peut dire qui embarque l’autre dans son mouvement ?

 

// extrait de traces de résidence avec la compagnie Scalène pour la création chorégraphique Un pied devant l’autre qui sera présentée les 25 & 26 janvier à l’Espace Paul Jargot (Crolles) puis les 7, 8 & 9 février au Théâtre 145 (Grenoble)

 

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Un pied devant l’autre