IMG_9919photo : sur les rails vers Paris – 16 juin 2017
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Des cartes pour mieux se perdre (1)

Hier après-midi, j’ai pris le train pour aller à Lyon puis un bus pour rejoindre Villeurbanne afin de rejoindre le lancement de l’atelier indiscipliné “Des cartes pour mieux se perdre” proposé par Myriam Suchet et Sarah Mekdjian sur une invitation de l’Université Populaire de Lyon.

Sur mon plan de fortune brouillonné avant de partir figurait quatre traits formant une sorte de triangle imparfait, avec le long, le nom des rues à parcourir : Tolstoï, Verlaine, 4 août 1789,  Becker. Le temps de demander mon chemin, d’embarquer un tournesol au passage (un tournesol en pot chez un-e fleuriste rue Paul Verlaine pour illuminer encore un peu plus la fin de journée : “Un tournesol affolé-affamé de soleil répand ou sème des graines de poèmes” aurait à peu près écrit Ferlinghetti), de trouver l’entrée du TNP, l’escalier par lequel grimper jusqu’au 2è étage et voilà que je découvre la grande salle où la présentation de l’atelier aura lieu : au pied des gradins en métal, un cercle de chaises – d’abord clairsemé puis bientôt totalement occupé, à mesure des arrivées en cours de route -, une table avec des livrets, des livres et des cartes qui ne demandent qu’à être dépliées…

C’est autour d’un livret – notre premier commun – que Myriam  et Sarah vont d’abord nous proposer un premier cheminement et rassembler nos attentions, comme un filet tressé de fils suffisamment divers pour qu’un point d’accroche soit possible, quelque part entre ce avec quoi nous venons et ce que nous pourrions reconnaître, ou découvrir d’encore inconnu. Une présentation pour nous rassurer en même temps que la multiplicité des signes partagé en profusion commence déjà pour ma part à me perdre… Première zone de vertige, plutôt bon signe…

Mon regard circule d’un schéma à un texte, d’une photo à une carte, du livret aux visages des invité-e-s et des participant-e-s. Transformation et émancipation comme horizon d’attente ? Comment le cheminement peut-il nous transformer, reconfigurer nos représentations et relations ? Comment faire cela, particulièrement entre nous qui ne nous connaissons pas encore ?

Au fil de la présentation du programme, de nouvelles voix émergent du cercle que nous composons. L’éphémère théâtre s’enrichit peu à peu des autres présences, d’autres corps jusqu’ici dans l’écoute.  A ce moment du lancement, il y a encore des intentions à préciser et des informations pratiques à vérifier ensemble. Premier moment de résonances où se démultiplient et se re-rencontrent les horizons d’attente des différents intervenant-e-s.

J’interviens en fin de parcours, à l’invitation de Myriam, pour présenter un protocole qui est encore à inventer. Je montre les pochettes à dérives confectionnées à Grenoble grâce aux ami-e-s du séminaire-pirate, comme une invitation à dériver d’un support à l’autre, circuler entre les langages pour se forger le sien, hybride, et s’autoriser à venir glisser de nouveaux mots, de nouvelles images dans l’espace commun qui s’ouvre là pour ces quelques jours à venir, peut-être ensuite sous d’autres formes…

A la fin de la séance, cela discute un long moment en petits groupes près des chaises et autour de la table, des cartes et des pochettes. Une feuille d’inscription  pour les différents rendez-vous circule. L’idée est que l’on puisse s’assurer que personne ne se sera perdu « involontairement ». Quand la feuille m’arrive, prise d’un doute, je me retourne vers d’autres : X c’est pour « oui » ou pour « non » ? Et O ? Est-ce que (o) est égal à (x) ? Nous formulons des hypothèses, chacun-e me dit comment il a raisonné, nous avons déjà de quoi nous rencontrer !

Sur les hauteurs

Attends encore que je vienne
Fendre le froid qui nous retient.

Nuage, en ta vie aussi menacée que la mienne.

(Il y avait un précipice dans notre maison. 
C'est pourquoi nous sommes partis et nous sommes 
établis ici.)

                        René Char, Les Matinaux


Peindre
avec la lumière
baignant la fin du jour
le souffle chaud
d’une preuve d’amour

*

Oiseaux sifflants
le soir annoncé
quelque part

dans les arbres
opéra terrestre
aux scènes innombrables

marcher alors

en silence

dans les travées
du soir pas encore venu

rebrousser chemin
semble encore possible

tout pourtant
invite à poursuivre

Un poème d’Adonis

Parcours

je marche et derrière moi marchent les étoiles 
vers des lendemains d’étoiles,
le secret, la mort tout ce qui naît et qui la fatigue
font mourir mes pas font vivre mon sang

mon chemin n’a pas commencé
aucun gisement n’est en vue –
je marche vers moi
et vers tout ce qui vient
je marche et derrière moi marchent les étoiles

Adonis, Mémoire du vent. Poèmes 1957-1990